French translation of Preface and Chapter 1

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PREFACE

Mes parents et mes grand-parents sont restés mariés jusqu'à ce que la mort lessépare. Moi, en revanche, je n'ai jamais pu rester en couple plus de quelquesannées, et je n'étais pas la seule dans mon cas. Les mariages de chacune de mestrois amies dont j'ai été la demoiselle d'honneur ont tous fini en divorce.

Pourquoi ? La sociologue Kelly Musick dit que c'est à cause de l'indépendancefinancière des femmes. « Ce qui maintient les gens ensemble c'est leur amour etleur engagement l'un envers l'autre, et c'est fragile. »1

Pourquoi l'amour et l'engagement devenaient-ils si fragiles ? Comment le faitque je gagne ma vie créait-il une disharmonie ? Cela n'avait aucun sens. J'étais trop romantique pour penser que l'union sexuelle avait toujours été fragile, et que l'indépendance financière croissante des femmes permettait simplement dechanger de partenaire plus facilement.

Au lieu de ça, j'ai essayé toutes les recommandations habituelles pour remédier àla disharmonie dans les relations intimes : améliorer la communication, trouver

un partenaire plus « idéal », plus de passion, aimer mon enfant intérieur, lanégociation, etc. Cependant, toutes ces recettes n'ont pas empêché ladétérioration de la relation lorsque les ennuis commençaient. Finalement, j'ai

réalisé qu'ils ne concernaient parfois que les symptômes d'un problème plusfondamental. Ce problème est sous notre nez. Il a toujours été là, maismaintenant qu'on peut dissoudre le mariage si aisément il est encore plusflagrant. Une fois qu'on admet le problème, la solution est évidente.

Le problème commence avec la sexualité. Pas la sexualité excitante / ennuyeuse, ni la sexualité insuffisante / trop abondante, comme la plupart d'entre nous lepensent, mais plutôt l'attitude même de fertilisation. Après tout, les relationsplatoniques entre hommes et femmes fonctionnent plutôt bien. Le problèmesurvient généralement lorsque nous devenons amants. Et qu'est-ce quicommence également à ce moment-là pour tout le monde ? La quête pour avoirnos besoins sexuels assouvis aussi complètement que possible.

La passion semble être notre meilleure amie, et souvent le seul côtéindiscutablement positif d'une relation qui, par ailleurs, est dysfonctionnelle. Cependant, la satiété sexuelle – cette sensation de « ça y est ! » après l'amour – est en fait un signal mammifère subconscient étonnamment persuasif. Il nous pousse vers l'accoutumance (se lasser d'un partenaire). Comme nous ne sommespas conscients de ce signal, nous reportons la responsabilité de nos frictions surd'autres causes. Plus nous sommes insatisfaits, moins nous avons de chances de tomber sur l'autre manière de soulager la tension sexuelle : un rapport sexueldétendu, doux, qui calme la frustration d'une façon entièrement différente.

 

« QUI DECIDE ? »

 

Il y a une croyance optimiste selon laquelle faire ce dont notre corps a envieapporte bien-être et contentement. En fait, étant donnés nos appétits insatiables, la plupart d'entre nous seraient en meilleure santé en suivant un régimepaléolithique de nourriture non raffinée... Mais un régime pour nos viessexuelles ? Nous pouvons penser que si nos ancêtres couraient après la satiétésexuelle dès qu'une opportunité se présentait, nous n'aurons aucun problème enfaisant la même chose.

Cette logique part du principe que nous sommes programmés pour notre proprebien. Or l'évolution ne nous a pas conçus pour notre bien-être individuel, maispour le succès de nos gènes. Et qu'est-ce qui est bon pour nos gènes ? Deuxchoses. La première est une bonne quantité d'essais de fertilisation. Dans notreexpérience, cela se traduit par la volonté de nous épuiser sexuellement lorsquec'est possible. La deuxième consiste à changer de partenaire pour chacun de nosenfants. Nous le ressentons comme un désenchantement dû à l'exclusivité sexuelle.

Qu'est-ce qui est bon pour vous ? Un lien émotionnel solide avec un partenaire, de l'harmonie, beaucoup de contact affectif et généreux, et une manière desoulager la frustration sexuelle sur laquelle on peut compter. Environ treizepour-cent de couples chanceux trouvent leur chemin vers cet équilibrenaturellement,1a mais pour la plupart nous ne savons pas mieux nous restreindresur la sexualité que sur la nourriture.

Alors, comment nos gènes nous poussent-ils à épuiser notre désir sexuel pourl'autre au lieu de promouvoir l'harmonie ? Les nouvelles avancées dans les sciences du cerveau (spécialement l'endocrinologie) révèlent la possibilité que ladésillusion entre amants ait moins à voir avec la communication ou la compatibilité que nous ne le croyons, mais davantage avec un circuit primitif quiparcours notre cerveau de mammifère (cerveau limbique), appelé notre circuit de récompense. Ce groupe de structures garantit que nous recevions une « récompense » neurochimique puissante lorsque nous courons après unnouveau partenaire et nous engageons dans une chaude partie de jambes en l'air, ou même lorsque nous pensons à l'un ou à l'autre.

Le résultat neurochimique au moment de l'orgasme a l'air d'encourager laliaison. Cependant de tels liens sont plus fragiles que nous ne sommes prêts àl'admettre. Au paroxysme, une explosion neurochimique déclenche desévénements qui persistent pendant deux semaines approximativement. Cesfluctuations profondes dans notre cerveau nous amènent à la satiété sexuelle, età de subtils changements d'humeur, qui créent souvent une friction émotionnelleentre amants (le poison de Cupidon). Une gêne nous rend vulnérables auxpromesses d'un soulagement rapide – un des plus attractifs étant un autrepartenaire potentiel (réel ou virtuel). Ainsi, l'orgasme est lié au fait de faire plus de bébés et de les faire avec plus d'un partenaire.

En essence, nos gènes calculateurs ont corrompu la volonté humaine pouratteindre leurs objectifs. Une fois que vous comprenez les moyens qu'ilsutilisent, leur effets insoupçonnables sur vous et vos unions, et une alternativepratique pour soulager la tension sexuelle et trouver le contentement, vous êtesen meilleure posture pour décider si vous voulez, ou non, rester sous leuremprise.

Nous, les humains, sommes les seuls parmi les mammifères à avoir la capacitéde comprendre notre programmation subconsciente d'accouplement, et à pouvoirla gérer de manière consciente. C'est une bénédiction, parce qu'il nous convientplus d'être dans une relation harmonieuse, avec un haut niveau de confiance, quedans des danses d'accouplement machinales, orchestrées dans le but de propulserle sperme vers l’oeuf, nous maintenir ensemble assez longtemps pour que deuxpersonnes prennent soin de leur progéniture et s'y attachent, puis nous envoyer vers de nouveaux partenaires.

La plupart d'entre nous ressentent bien que les bienfaits de prendre à coeur lebien-être d'une autre personne en qui nous avons confiance sont profonds. Defait, en tant que mammifères formant des couples, nous avons évolué vers l'idée

que de telles connections sont bénéfiques au plus haut point. Les relations deconfiance, et un contact aimant, améliorent non seulement notre point de vue surla vie, mais également notre santé physique, et ils réduisent le stress.

Une intimité sexuelle qui rendrait tout ça possible serait formidable. Et pourcontinuer à ressentir cela, tout ce que nous devons faire c'est rester amoureux, eten fait, c'est ce que la logique voudrait. Le problème survient lorsque ce sont nos gènes qui règnent, et que les effets secondaires de leur plan (passion débridée)

séparent les amants, en les faisant perdre leur désir pour l'autre. Comme le dit mon mari, Will, « l'évolution n'a rien à faire du bonheur, de la fidélité, ou de la compagnie à vie. » C'est pourquoi nous héritons d'une tension inconfortableentre notre programmation d'ajout de partenaire et celle de formation d'un couple.

Pour s'en sortir face à cette réalité, les anciens taoïstes chinois, entre autres, préconisaient d'apprendre à faire l'amour très calmement et sans orgasme, à moins que la conception ne soit désirée. Cette approche inhabituelle nedéclenche pas notre programme subconscient d'accouplement, avec son ajout departenaire sous-jacent. Le bienfait de cette approche n'est pas uniquement qu'ellepermet aux amants d'avoir des rapports souvent sans augmenter leur frustrationsexuelle, mais qu'elle profite également d'une seconde programmation typiquedes mammifères: l'attachement. Prévu pour nous lier à nos enfants et parents, notre programme de création de liens affectifs peut aussi solidifier et protégernos romances. L'utiliser ne demande pratiquement aucun effort, une fois qu'onmaîtrise (qu'on se rappelle, en fait) un ensemble de signaux simples. Une plusgrande harmonie et un plus grand bien-être en résultent, et, de manièreremarquable, moins de frustration sexuelle.

 

ENSUITE

 

La première partie de ce livre explique pourquoi j'ai choisi d'explorer une autre manière de faire l'amour, et retrace les découvertes qui ont suivi cette décision.

Ce qui a commencé comme une exploration personnelle, et subjective, de lasagesse ancienne concernant la gestion de ma vie amoureuse, s'est étendu ensuite au domaine de la recherche scientifique objective, une fois que mon mariet moi avons commencé à collaborer. J'ai été étonnée de réaliser à quel point lesrécentes recherches sur le cerveau se superposaient aux observations etdéclarations des anciens sages. Cet alignement de sagesse ancestrale, d'expérience personnelle et de recherche récente m'a poussée à partager cette information.

Si vous ressentez une certaine résistance au matériel présenté dans ce livre aupremier abord, vous n'êtes pas le seul. Vous allez même, peut-être, avoirl'impression qu'on vous demande d'essayer quelque chose contre votre volonté.

J'ai moi-même eu ces impressions – et encore plus après les deux semaines quisuivaient un orgasme. Après tout, ce matériel se confronte à une desprogrammations les plus puissantes de notre cerveau : notre programme d'accouplement. Qui opterait pour une affection détendue et généreuse dans lachambre à coucher, alors que notre chimie cérébrale est prévue pour nous « récompenser » d'être aussi motivé que possible dans ce domaine ?

En fait, ce n'est pas très différent de la conduite d'une voiture à deux pédales.

Une fois que nous sommes conscients des modes opératoires de nos deuxpédales – accouplement et création de liens affectifs – la décision nous revientde décider comment les utiliser, en fonction de nos objectifs pour une relation.

Si vous décidez que vous voulez calmer les signaux stridents de votreprogrammation d'accouplement durant quelques semaines pour voir ce que çadonne, ce livre propose une façon d'expérimenter avec un minimum de conflitinterne. Après tout, à part vous priver de quelques orgasmes, qu'avez-vous àperdre ?

Un autre but de ce livre est d'initier une discussion plus large sur cesprogrammations subconscientes d'accouplement et de création de liens affectifs, et leur rôles reconnus au sein de nos vies. Armés d'une compréhension plusprofonde de la façon dont la sexualité influence nos perceptions et priorités, nous pouvons commencer à consciemment reprendre la main, pour de meilleursrésultats.

Comme les sages du passé, qui ont étudié la sexualité du point de vue d'uneharmonie accrue et d'une santé améliorée, les amants peuvent commencer àprocéder à leur propres investigations de manière plus consciente. Ils peuventprendre en compte ce qui rend leurs rapports plus satisfaisants au cours de leursrelations, reconnaître le potentiel naturel de l'orgasme à devenir compulsif, et s'en accommoder le mieux possible.

Une grande partie du texte est faite d'observations de personnes réelles, bien quej'aie changé leurs noms. Je n'ai pas non plus résisté à épicer les pages des bonsmots des autres sur l'écart entre les genres. Pourquoi ne pas rire des tours quenos gènes sournois nous ont joués, puis continuer en devenant plus intelligentsqu'eux ?

Après tout, quatre-vingt-dix-neuf pour-cents de nos rencontres sexuelles ontprobablement lieu sans aucune intention de fertiliser un ovule. Lorsque nousinsistons pour avoir une attitude sexuelle tournée vers la fertilisation malgré sesinconvénients, c'est comme si nous continuions à manger des desserts hautementcaloriques parce qu'un pour-cent de la population souhaite prendre du poids.

Maintenant que la planète fourmille d'humains sous-alimentés et sous-aimés, ilest peut-être temps de maîtriser cette alternative ancienne, et de l'ajouter à notrerépertoire amoureux. La sexualité et les relations intimes sont deux des trésorsles plus valables de la vie. J'espère que l'information contenue ici vous aidera à

protéger ces richesses largement disponibles, et de là à en bénéficier plus quejamais lorsque vous découvrirez votre conduite idéale. Tout au moins, au fur et àmesure que vous travaillerez à créer la relation intime à laquelle votre âmeaspire, vous en saurez plus sur comment Cupidon a empoisonné sa flèche.

Cela ne me dérange pas que les femmes me quittent, mais il faut toujoursqu'elles vous disent pourquoi. – Richard Pryor

Heureux soient ces gens qui se délectent des plaisirs de l'amour

Jouissant de l'étreinte sensuelle d'Aphrodite

Comme un navire voguant tranquillement sur une mer calme,

Évitant l'obsession qui amène à la disgrâce.

Car la sexualité, telle un taon, peut rendre fou avec son dard,

Et Éros (Cupidon) a deux flèches à son arc...

Une simple égratignure de la première amène une joie pérenne,

Mais la seconde blesse mortellement, et engendre le désespoir.

Déesse née à Chypre (Aphrodite), garde ma chambre

De la flèche mortelle, fais de l'amour dans ma vie

Un plaisir stable et continu,

Ni obsessionnel ni destructif. Laisse-moi servir

La grande reine avec extase, car c'est sont droit,

Mais sans commettre de crimes pour elle, ni devenir son esclave.

—Euripides (ca. 480–406 av. JC), Iphigénie à Aulis

 

CHAPITRE PREMIER

 

LA BIOLOGIE A UN PLAN POUR VOTRE VIE AMOUREUSE

  • Avoir des rapports sexuels jusqu'à satiété (cette sensation de « ça me suffit ») est le signal d'accouplement pour les mammifères de perdre leur intérêt pour un partenaire et d'être attiré par d'autres.
  • Même si les humains tendent à vivre en couple, l'habitude de poursuivre ses passions jusqu'au point de rassasier ses désirs peut déclencher des fluctuations d'humeurinsoupçonnées, causer du ressentiment envers un amant, et éroder l'attirance (le poison de Cupidon).
  • Il y a deux manières fondamentalement différentes de faire l'amour : l'une ayant pour objectif la fertilisation, et l'autre de déclencher un resserrement des liens affectifs (karezza).

Touché par la flèche de Cupidon ! Quel état exaltant et enviable. Comme tout le monde, vous voulez croire que la clé de la félicité romantique durable est unpartenaire avec qui vous vivez une passion si intense qu'elle ne s'évanouira jamais. Pourtant, cela ne vous est-il jamais arrivé de tomber amoureux en vousabandonnant totalement, de faire l'amour merveilleusement, d'être sûr que vousvouliez rester ensemble pour toujours, puis de remarquer des frictionsémotionnelles récurrentes qui émergent entre vous et votre amoureux ? Si vousêtes mariés, avez-vous la sensation que la lune de miel est terminée?

Peut-être, quelquefois, l'un de vous est-il collant et devient-il exigeant, alors que l'autre se sent dévoré et a besoin d'espace ? Peut-être ressentez-vous une irritationpériodique subtile, ou un sentiment de stagnation qui éteint graduellement leravissement ressenti antérieurement en présence de l'autre ? Ou bien encore vous engagez-vous dans des disputes spectaculaires suivies par des réconciliationspassionnées ?

Cette aliénation subconsciente – que les partenaires rencontrent si souventmalgré leur désir de rester amoureux – est le résultat d'un poison insoupçonnésur la flèche de Cupidon. Lorsque nous tombons amoureux, une partie primitive de notre cerveau nous perce d'un désir de grande passion (la flèche de Cupidon).

Un orgasme est très agréable, et si c'était la fin de l'histoire, les amants seraient capables de faire ce qui leur vient naturellement dans la chambre à coucher et de vivre heureux pour toujours. Le problème c'est que le rapport sexuel – spécialement le genre avec plein d'orgasmes, qui amènent au sentiment de « ça yest là, ça suffit » – n'est pas un événement isolé. L'orgasme est le paroxysme d'un cycle beaucoup plus long de changements dans les profondeurs du cerveau.

Ces effets prolongés, et les sensations désagréables qui les accompagnent, peuvent empoisonner notre relation sans que nous en soyons conscients. Dessymptômes aussi divers que l’égoïsme, les besoins inassouvis, les problèmes decommunication, l'infidélité, et les mariages sans relations sexuelles peuvent tousavoir pour origine ces commandes cachées.

Chez certains d'entre nous ce « poison » prend effet si rapidement qu'on sesépare après un seul rapport. Le plus souvent, il y a une période de bonheurrelatif au sein de la relation, soutenu par une potion d'amour à court terme. Cetteharmonie de lune de miel (ou désir) nous encourage à nous lier pour un moment.

En général, c'est assez long pour que les partenaires conçoivent et s'attachent à un enfant, même si en fait ils ne le font pas. Une insidieuse désillusion nouspousse alors à mélanger nos gènes avec ceux de nouveaux partenaires excitants(même si nous choisissons de serrer les dents et de résister à la tentation).

Pourquoi ? Nos gènes sont programmés pour leur propre immortalité, et ilsn'attendent pas poliment une occasion pour frapper. Ces petits brins d'ADN nouspoussent vers beaucoup de grossesses et une variété de partenaires. En effet, plus notre progéniture est dissemblable, plus il y a des chances que certains desenfants survivent dans des conditions changeantes ou des épidémies, dans le butde procréer à leur tour. Notre volonté de rechercher des gènes différents aautrefois aidé à protéger les petites populations des dangers de la consanguinité.

De plus, nos gènes font de leur mieux pour nous mettre la pression.

L'anthropologue Helen Fisher estime que nous sommes prédisposés à resterensemble quatre ans environ. Sur cinquante-huit cultures différentes, elle atrouvé que les taux de divorces culminent à ce moment-là.2 Cependant, dans lespays musulmans où le divorce était facile à arranger, les mariages avaienttendance à se terminer encore plus tôt. En gros, autant les avantages que lesinconvénients de la romance augmentent les chances de nos gènes d'arriverjusqu'à la prochaine génération – même si ça nous rend cyniques et nous brise lecoeur. Notre programme génétique d'accouplement fonctionne à merveille, c'estjuste que ce n'est pas dans notre intérêt. En tant que mammifères créant des liensde couple, nous bénéficions de manière surprenante de cette relation avec notrepartenaire, et lorsque nous sacrifions ces avantages à notre succès génétique, cela est douloureux. D'habitude, lorsque le poison de Cupidon met fin à une romance, nous concluons soit que nous avons choisi le mauvais partenaire, soitque les hommes et les femmes sont décidément trop différents. Cependant, ce nesont pas nos différences qui créent ce désarroi, c'est justement ce que nous avonsen commun: des réponses involontaires, biologiques, aussi inconscientes que decligner des yeux.

Nous sommes programmés pour ce déroulement douloureux, autant que nous lesommes pour tomber fous amoureux au début.

Bien sûr, le ressentiment et les autres problèmes des relations intimes peuventaussi venir d'ailleurs, comme des différences de gestion de l'argent, des traumatismes venus de l'enfance ou des excentricités personnelles. Pourtant, cefacteur biologique pourrait bien s'avérer être le plus probable en ce qui concerneles frictions récurrentes de nos relations. Tout au moins, il peut rendre d'autreschallenges plus difficiles à résoudre.

Une preuve que la distance émotionnelle est programmée dans notre intimité estque le bonheur marital s'érode souvent avec le temps.3 Mystérieusement, cependant, les amitiés ou autres relations proches familiales sont immuniséescontre cette détérioration programmée.4 Serait-ce parce que les relationsromantiques nous plongent dans la passion jusqu'au « ça suffit! » alors que lesautres relations proches ne le font pas ? Cela semble tiré par les cheveux.

Pourtant, pour la plupart des mammifères, l'accouplement frénétique jusqu'audésintérêt (indigestion) est le signal qu'ils vont devenir agités et aller voir unautre partenaire de danse. Notre héritage de mammifère pourrait-il nous avoirdotés de réponses similaires à la satiété sexuelle, qui nous rend égalementimpatient ? Sommes-nous prévus pour nous éloigner de notre partenaire habituel – tout en étant programmés pour rechercher les avantages d'une relation à longterme ?

Plus important, que pouvons-nous faire si nous désirons protéger notre relationdu poison de Cupidon ? Nous pouvons gérer nos rencontres sexuellesdifféremment, de manière à être moins vulnérables à la flèche qui rend fou, etplus enclins à voir l'amour comme un délice stable et continu. La sagesseancestrale comme les découvertes scientifiques modernes indiquent la manièrede parvenir à cette fin, mais pour pouvoir bénéficier de cette information nousdevons voir clairement ce contre quoi nous nous battons.

La plupart d'entre nous ont tendance à porter des oeillères intellectuelles, manquant de reconnaître quelque chose jusqu'à ce que nous en ayonsl'explication... ou, du moins, nous y attendions. « Il faut le croire pour le voir ». – Barash et Lipton, The myth of Monogamy (Le Mythe de la Monogamie).

L'EFFET COOLIDGE

Considérez ce qui arrive lorsque vous mettez un rat mâle dans une cage avec unerate réceptive. Pour commencer vous verrez une copulation frénétique, puisaprès un moment les feux d’artifice s'éteignent. Le changement de la chimiecorporelle du rat a pour résultat un déclin de son intérêt pour la rate.5Cependant, si une nouvelle rate arrive, son épuisement disparaîtramiraculeusement, assez longtemps pour remplir galamment ses devoirs defertilisation.

La virilité renouvelable du rat n'indique pas une libido insatiable.

Elle n'augmente pas non plus son bien-être – même si ça y ressemble (pour luiaussi, temporairement). Son attitude correspond à des petites déchargesneurochimiques dans son cerveau, qui lui commandent de ne laisser aucunefemelle consentante sans la fertiliser.

Les gènes, sournois, peuvent être esclavagistes dans ce domaine : les mâles depetits marsupiaux à fourrure (Antechinus stuartii) sont si préoccupés par lacopulation qu'ils détruisent leurs propres systèmes immunitaires, et meurent dediverses maladies à la fin de la saison des amours.6 Lorsque les scientifiqueséquipent les animaux d'une volonté artificielle en tempérant leurs hormonessexuelles mâles, leurs systèmes immunitaires les protègent.

Le véritable amour se termine de façon encore plus abrupte pour les mantesreligieuses mâles (au moins pour ceux qui sont assez malchanceux pour « yavoir droit » en captivité) : la femelle conduit le mâle à lâcher son sperme en ledécapitant avec les dents.

Les animaux moins centrés sur l'aboutissement identifient et rejettentsimplement ceux avec qui ils se sont déjà rassasié sexuellement. Lesscientifiques appellent ce reflexe « l'effet Coolidge », ce qui remonte à plusieursannées en arrière lorsque le Président Coolidge et sa femme visitaient une ferme.

Alors que le président était ailleurs, le fermier montra fièrement à MadameCoolidge un coq qui « pouvait copuler avec des poules toute la journée, jour après jour ». Madame Coolidge demanda avec fausse modestie que le fermierpartage cette information avec Monsieur Coolidge, ce qu'il fit.

Le président réfléchit un moment puis demanda : « avec la même poule ? ».

« Non, Monsieur », répondit le fermier.

« Dîtes ça à Madame Coolidge » rétorqua le président.

L'effet Coolidge est largement observé chez les mammifères, y compris lesfemelles. Certaines femelles rongeurs, par exemple, flirtent beaucoup plus avecdes partenaires inhabituels – s'arquant en démonstrations invitantes – qu'avecceux avec lesquels elles ont déjà copulé.7

Est-ce qu'une variation de l'effet Coolidge est à observer chez l'humain ?

Je me souviens d'une conversation que j'ai eu avec un homme ayant grandi à Los

Angeles. « J'ai arrêté de compter à 350 amantes, confessa-t-il, et je pense qu'ildoit y avoir quelque chose qui ne va vraiment pas chez moi, car j'ai toujours trèsrapidement cessé d'être attiré sexuellement par elles. Et certaines d'entre ellesétaient très belles. »

Au moment de notre discussion, sa troisième femme venait de le quitter pour unfrançais, et il était découragé. Elle avait perdu son intérêt pour lui.

Les femmes rapportent quelques fois que leurs goûts en hommes changentautour de l'ovulation, ainsi que leur façon de les voir. Elles disent être plusattirées par les Don Juan, et moins susceptibles de voir un homme en tant quepersonne. En gros, elle le voient plus comme un bellâtre tentant et ses gènes.

Le soi biologique est mesquin et assez cruel, et bizarrement il trouve trèsfacilement des imperfections, tout en se contentant d'un niveau vraiment bas.

Une des mesquineries dans ma tête à propos de mon petit ami est : il est tropBLANC ! J'ai besoin d'un homme bronzé, exotique et mystérieux ! Ses cheveuxsont fins, je ne veux pas que mes enfants aient des cheveux fins. La voixintérieure évalue et rejette notre partenaire actuel, en se basant sur des idéessuperficielles et égoïstes qui ont à voir avec des caractéristiques physiques ou un statut. – Lisa

A strictement parler, les humains ne ressentiront probablement pas l'immédiateté de l'effet Coolidge (à moins de se trouver à une orgie). Pour nous, l'accoutumance a plus souvent la forme d'une réceptivité sexuelle réduite avecles partenaires à long terme. Peut-être sommes-nous plus similaires aux singes : lorsque des singes mâles furent mis de manière répétée avec les mêmes femelles(qui étaient toujours réceptives, grâce à des injections hormonales journalières), les mâles copulaient de moins en moins fréquemment, et avec un enthousiasmedéclinant, sur une période de trois ans et demis. Cependant, ils changèrentrapidement d'attitude lorsque de nouvelles femelles arrivèrent.8

Se pourrait-il que notre cerveau mammifère nous empêche d'avoir des relationsintimes durables ? (Le cerveau mammifère se trouve en-dessous du cerveaurationnel. Il gouverne la sexualité et l'amour, et est étonnamment similaires chez tous les mammifères.) La plupart des mammifères ne forment pas de liens decouple aussi stables que les nôtres. Pourtant, même parmi le peu de cousinsmonogames mammifères que nous avons, aucune espèce n'est exclusive sexuellement. Ils vivent ensemble et partagent les tâches propres aux parents, mais sont fréquemment poussés à recueillir des gènes d'étrangers à côté. Cesgènes entreprenants aiment renouveler le réservoir génétique. L'accoutumance à un partenaire sert apparemment les buts de l'évolution, en rendant les nouveaux partenaires attirants. Voyons-le ainsi : si la fidélité sexuelle garantissait uneprogéniture plus abondante et en meilleure santé, aucun mammifère n'irait voirailleurs.

Les mammifères ont généralement des périodes données de chaleurs, dictées parles hormones, alors que les humains peuvent avoir des rapports quand ça leurchante. Cependant, nos hormones nous régulent également. Malheureusement, notre version ressemble a des séries d'arrêts et de redémarrages d'unembouteillage. Entre des accès de passions, il y a des chances que noustrouvions notre partenaire de plus en plus fatiguant, jaloux, ou impossible àcontenter, et que lui nous trouve de plus en plus absorbé par nous-même, peuserviable, ou peu affectueux, sauf lors des rapports sexuels.

Au début de notre mariage, nous dormions ensemble nus. Assez vite, elle acommencé à porter des sous-vêtements. Peu à peu, elle a arrêté d'apprécier queje l'entoure de mon bras, ou la câline. Quelquefois, avec peu ou pas deprovocation, elle dormait dans une autre pièce, ce qui semble plutôt insensible, et me laissait avec un sentiment de solitude et de frustration. Les rapportss'espacèrent de plus en plus, puis finalement elle a déménagé dans une autrepièce de manière permanente. Je présumait que si elle pouvait apprécier davantage nos rapports sexuels, avoir plus d'orgasmes par exemple, nousaurions plus de rapports, et mes besoins seraient mieux satisfaits. Doncj'essayais toujours de lui « en mettre un bon coup ». Mais bon... – Brent

Les recherches confirment que lorsque la durée des relations s'accroît, le désir sexuel diminue chez la femme, tandis que le désir de tendresse diminue chezl'homme.9 Ce programme misérable peut nous pousser à passer de partenaire enpartenaire, rajouter des opportunités de rapports à côté, ou nous rendre frustrés, confondus, et de mauvaise humeur. Et nous ne suspectons jamais que le besoinde rassasier le désir sexuel joue un rôle dans cette tendance familière. Au lieu deça, nous croyons que la satiété sexuelle est une bonne stratégie de création deliens pour des partenaires. Comme nous allons le voir, il y a des raisons desuspecter qu'en fait elle accélère le processus d'accoutumance, en transformantgraduellement, pour le pire, les perceptions que nous avons de l'autre.

De manière remarquable, les sages de plusieurs traditions ont observé que lasatiété sexuelle tend effectivement à séparer les partenaires, en causant dessentiments d'insuffisance et de disharmonie. Ils ont aussi découvert un moyen decontourner le problème. Ils reconnurent qu'il y avait deux manières fondamentalement différentes de faire l'amour, selon le but recherché.

Les rapports dont le but est la fertilisation sont pour procréer. L'orgasme lance le sperme à la rencontre de l'ovule. En revanche, les rapports motivés par le lien affectif ont pour objectif premier l'harmonie et le bien-être. Les deux méthodes impliquent des rapports, pour soulager la tension sexuelle de manière efficace.

Les rapports visant à la fertilisation y parviennent par un crash neurologique, suivi d'un retour étonnamment long à l'homéostasie (c'est-à-dire à l'équilibre préorgasmique).

Les rapport motivés par le lien affectif soulagent la tensionsexuelle par un rapport doux, mêlé à une profonde relaxation et beaucoupd'affection apaisante, qui amènent à une sensation de satisfaction réparatrice, età un équilibre persistant.

Faire l'amour c'est comme gonfler un ballon. Avoir un orgasme c'est commecrever le ballon, mais si vous finissez sans orgasme vous êtes comme un ballonqui prend plusieurs jours pour se dégonfler petit à petit, vous laissant profiterde la sensation du gonflement pendant bien plus longtemps. – Rob

COMMENT CELA A-T-IL FONCTIONNE ?

 

La théorie est très belle, mais après des années d'explorations irrégulières, j'ai eu la chance de rencontrer un partenaire qui voulait bien expérimenter cetteapproche inhabituelle des rapports avec l'esprit ouvert. Lorsque nous noussommes rencontrés il y a dix ans, mon mari Will et moi avons commencé notrerelation en faisant l'amour pour créer des liens affectifs. Nous mettions l'accent sur une affection généreuse, et ne recherchions pas l'orgasme (bien qu'il aitquand même lieu de rares fois). Cette façon de faire l'amour est une pratiqueancienne mentionnée dans plusieurs traditions. Je la connais sous le nom dekarezza (« caresse » en italien, prononcer kaRETza), un terme inventé il y a prèsd'un siècle par un docteur quaker.

La technique n'est pas basée sur le contrôle. Lors du rapport, vous ne cherchezpas à éviter l'orgasme ou à manipuler vos énergies corporelles ; vous fermezsimplement les yeux, en sentant ces énergies affluer dans votre coeur, votre têteet vos organes génitaux, ainsi que ceux de votre amant, et en les laissantcirculer... Vous vous relaxez tout le temps, vous vous détendez, vous vouslaissez porter , tomber, dans votre coeur. La conscience sans effort est la clé.

Toutes vos énergies seront attirées vers le haut, diffusées à travers le corps...

Alors que cela a lieu, les tendances libidineuses seront transmutées ensentiments d'amour et le besoin d'orgasme conventionnel diminuera.10

En regardant en arrière un an après avoir commencé cette pratique, nous avonsbien dû admettre notre stupéfaction. La vie n'était pas parfaite, mais il y avaitclairement des changements positifs. Plus d'infection génitales ou du conduiturinaire pour moi, plus d'abus d'alcool ou de dépression chronique (oud'antidépresseurs sur ordonnance) pour Will. Faire l'amour était moins intense, mais nous satisfaisait davantage.

Encore maintenant, nous ne semblons jamais nous fatiguer du contact de l'autre, et nous prenons plaisir à nous entraider. Et le mieux, c'est qu'il y a dans notrerelation une humeur joueuse et légère, qui nous permet de résoudre la plupartdes sources de frictions sans effort, et d'en rire.

En tant que professeur de sciences humaines prenant plaisir à se plonger dans des textes médicaux plusieurs heures durant, Will était curieux de voir si lascience pouvait apporter quelque lumière sur ces améliorations. Il fouilla lesrecherches sur l’ocytocine, appelée « l'hormone du câlin ». Ce qu'il trouvaexpliqua pour beaucoup les raisons pour lesquelles une sexualité altruiste, sansobjectif, peut améliorer notre santé, et aller à l'encontre de la dépression11 et de l'addiction.12 Par exemple, les patients séropositifs survivent plus longtempslorsqu'ils vivent une relation.13 Les blessures cicatrisent deux fois plus viteaccompagné qu'isolé.14 Chez les primates, le parent qui s'occupe des enfants, mâle ou femelle, vit plus longtemps. L'ocytocine est probablement laresponsable hormonale principale de tous ces bienfaits.15

Mon mari réalisa également qu'en allant doucement et en évitant l'orgasme lorsde nos ébats amoureux selon la karezza, nous bénéficions apparemment defluctuations moindres dans la chimie de nos cerveaux. Ceci parce que l'orgasme est ressenti dans le cerveau. C'est une séquence complexe d'événementsneurochimiques et hormonaux, bien plus que génitaux. Par exemple, vouspouvez mettre un électrode dans le cerveau ou la moelle épinière de quelqu'un, et reproduire la sensation d'orgasme sans toucher aucun organe génital.

Au lieu d'un électrode, le corps utilise un pic neurochimique pour déclencher lasensation d'orgasme, or ce qui monte au moment de l'orgasme doit redescendre.

Bien que les scientifiques ne reconnaissent généralement pas la véracité d'unedescente post-orgasmique, la preuve en est apparue dans les recherches dedéveloppement des drogues d'amélioration des performances sexuelles. Cettecascade subconsciente d'événements neurochimiques, qui semble prendre deuxsemaines entières pour retourner à l'homéostasie, est derrière la capacité dupoison de Cupidon à dégrader nos relations.

Pendant cette phase de récupération, les amants peuvent se sentir en demande, irritables, anxieux, épuisés, ou prêts à tout pour avoir un autre orgasme (poursoulager les symptômes). Ils ne réalisent pas qu'ils sont temporairementdéséquilibrés. Ceci est un déclenchement récurrent de la disharmonie et desattitudes compulsives, et fait partie intégrante de nos relations romantiques.

Pourtant, cette phase de récupération est pratiquement invisible pour les adultesactifs, parce qu'au début nous cherchons généralement à résoudre notre inconfort par un autre orgasme. Cette réponse instinctive nous pousse à rechercher lasatiété sexuelle, mais engendre la distance émotionnelle subséquente. Nous ledevons à nos gènes. C'est une manière intelligente de s'assurer que nous nousengagions dans autant de rapports orientés vers la fertilisation que possible – avant de perdre notre désir d'exclusivité sexuelle avec un ou une partenaire.

Grâce à ce programme inné, nous ne découvrons que rarement la sensation de bien-être et de contentement qui accompagne le mouvement vers l'équilibre en utilisant karezza, c'est-à-dire en faisant l'amour dans le but de créer des liens affectifs. Au lieu de cela nous avons tendance à faire porter à l'autre la responsabilité de nos sentiments altérés. « Si seulement il pouvait être plusaffectueux ou me soutenir davantage. » « Si seulement elle pouvait arrêter de s'occuper de ses sentiments et avait juste des rapports sexuels. »

Comme nous le verrons, cette période de récupération post-orgasmique peut êtreà l'origine de phénomènes tels que les rapports d'une nuit, les mariages sanssexualité, l'infidélité et l'addiction aux films pornographiques. Elle contribue à l'expérience commune que la lune de miel dure rarement plus d'une année. C'est pourquoi les amitiés qui se transforment en histoires d'amour deviennentsouvent amères.

La vérité, c'est que le programme d'accouplement subconscient fonctionneparfaitement pour une prolifération maximale des gènes, mais n'a pas à coeurnotre bien-être individuel. Le scientifique hollandais Gert Holstege, qui arapporté que ses scanners de cerveaux d'hommes en train d'éjaculer ressemblentà ceux de gens en train de s'injecter de l'héroïne,16 fit remarquer que nousavions tous une dépendance au sexe.17 Il admettait que l'impulsivité sexuelle menait naturellement à la satiété et, si on lui en donnait l'occasion, à la compulsion.

 

ACCOUPLEMENT ET CREATION DE LIENS AFFECTIFS, LES DEUX LEVIERS

 

Si nous faisons ce que nous avons toujours fait, nous obtiendrons ce que nousavons toujours obtenu. Nous sommes conçus de cette manière. Pourtant nousn'avons pas qu'un programme d'accouplement, mais également un programmede création de liens affectifs. Son origine est un mécanisme qui lie les nouveauxnés de mammifères à ceux qui s'occupent d'eux, mais qui a aussi évolué pournous encourager à tomber amoureux, pour un certain temps (création de liens decouple). Il fonctionne grâce à un échange mutuel de signaux et d'attitudessubconscients, que nous sommes programmés pour apprécier à tout age.

Comme nous allons le voir, nous pouvons raffiner nos inclinations naturelles enutilisant cette attitude de création de liens affectifs pour renforcer indéfinimentnotre enthousiasme pour une intimité durable – spécialement si nous sommesprêts à transformer nos rapports sexuels eux-mêmes en une attitude de création de liens lorsque la procréation n'est pas désirée.

Le manque de câlins finit par déboucher sur un manque de désir de câlins, quece soit par paresse, habitude, ressentiment ou indifférence. Les câlins (touteaffection incluse) créent le désir d'en avoir plus. C'est une machine à rétroaction biologique bénéfique, de la même manière que l'absence d'affection semble être l'inverse.

Tout le monde a déjà vu de jeunes amoureux qui ne semblent pas parvenir à êtreassez près l'un de l'autre. Et bien, malgré que nous soyons mariés depuislongtemps nous faisons la même expérience, de manière répétée, et c'est lerésultat d'avoir commencé par mettre les câlins sur l'emploi du temps – même une minute par jour – et de constater l'effet boule de neige. – Keith

Les humains qui éprouvent de l'amour pour leur compagnon sont calmes et sûrsd'eux, et ressentent un confort social et une union émotionnelle. Étant donnés les bienfaits puissants, tant psychologiques que sur la santé, d'une union heureuse, faire l'amour par karezza peut s'avérer étonnamment bénéfique pour lesmammifères socialement monogames que nous sommes.

Je pense maintenant à nos programmes d'accouplement et de création de liensaffectifs comme à deux leviers qui gèrent nos relations intimes. Le programmed'accouplement (le besoin de nous épuiser sexuellement aussi complètement quepossible), est le « levier de l'accoutumance », parce qu'il est souvent la causepour laquelle les partenaires en ont assez (prennent l'habitude) l'un de l'autre. Le programme de création de liens, par ailleurs, est le «levier de l'harmonie », parcequ'il rend le fait d'être ensemble plus profondément satisfaisant. Avec cettesimple connaissance, nous pouvons tendre vers les résultats que nous voulons.

Alors que Will étudiait le cycle endocrinien caché de la satiété sexuelle, jecontinuais à fouiner dans les greniers ésotériques de certaines des religions lesplus influentes de la planète. Il y a une quantité surprenante de connaissancestraditionnelles sur la façon dont les relations intimes peuvent servir de cheminvers une union plus profonde et une perception spirituelle plus claire. Nous n'enentendons pas beaucoup parler car les directives religieuses les plus connuesmettent presque exclusivement l'accent sur les conventions sociales et l'augmentation du nombre de croyants.

Dans les doctrines familières, le concept de continence équivaut à l'abstinence des moines et nonnes. Cependant, il semblerait que certains de nos chefsspirituels les plus influents aient fait allusion au pouvoir transcendantal de lacontinence sexuelle pendant le rapport au sein des relations intimes. Jepartagerai avec vous quelques unes de mes trouvailles dans les sections SagesseAncestrale entre les chapitres.

 

POURQUOI MAINTENANT ?

 

Évidemment, le programme subconscient d'accouplement de l'humanité n'est pasun nouveau challenge, mais deux développements rendent urgent de cultiver uneauthentique harmonie au sein des couples. Premièrement, notre culture achangé : jusqu’à récemment, sur une grande partie de la planète, l'église et l'état gardaient un droit de regard sur l'expression sexuelle. Les mariages étaientsouvent arrangés, les divorces étaient d'abord impossibles puis lourdementcensurés, le contrôle des naissances était indisponible ou interdit, et les relationsnon officialisées étaient punies sévèrement.

Toutes ces caractéristiques de la vie assuraient que toute séparation émotionnelledes partenaires était en partie masquée par le fait qu'ils devaient continuer àvivre ensemble et élever leur inévitables enfants. Ces circonstances signifiaientégalement qu'il y avait beaucoup moins de libertinage après la période de lunede miel (dans la vie de la plupart des couples). Cela rendait les relationsstagnantes, mais moins volatiles.

Aujourd'hui, les sanctions sociales et civiles en occident ne peuvent maintenirun couple ensemble de manière artificielle. Cela signifie que notreprogrammation mammifère sous-jacente d'accouplement sépare des couples etdes familles avec de plus en plus d'efficacité. Comme nous ne vivons plus entribus basées sur le soutien mutuel, ce résultat est déchirant pour tous ceux quisont concernés.

De plus, avec chaque génération, il pourrait y avoir de moins en moins decouples qui échappent à l'accoutumance. Lorsque les chercheurs ont étudié lebonheur marital à travers les groupes générationnels, ils ont découvert que lescouples plus âgés avaient plus de chances d'être plus heureux. Les analystesattribuent cela au fait que ces couples plus âgés s'étaient mariés lorsque que lavision du mariage était plus pragmatique, que le soutien au mariage était plusfort, et que les couples étaient plus engagés par la norme des mariages pour la vie.19

Cependant, il pourrait y avoir en jeu un second facteur très puissant, mais nonreconnu. Nous sommes les cobayes d'une immense expérience internationale.

Les médias émoustillants d'aujourd'hui suscitent de manière routinière unestimulation sexuelle au dessus de la normale. Considérez ces titres de magasinestraditionnels pour hommes et pour femmes : « Des rapport avec quelqu'und'autre – chaque nuit » (en réalisant des fantasmes sexuels) et « Commenttrouver son point G à lui » ; ou encore la jeunesse adolescente chilienne précoce, dont l'enthousiasme pour les relations sexuelles non suivies dépasse l'imagination comme jamais le pays ne l'avait vu auparavant.20

Cette focalisation sur la gratification sexuelle accélère les rouages involontairesde notre programme d'accouplement, en encourageant une indigestion sexuelletoujours plus rapide (et le désintérêt subséquent) entre amants. Des connectionsintimes plus courtes en résultent, ainsi qu'une méfiance accrue entre les sexes – amenant fréquemment au désespoir à propos des relations et à un isolementmalsain. En fait, notre programme inné pour le succès génétique fonctionne sibien qu'il est pratiquement sur le point de se retourner contre nous. La méfianceet la désillusion entre les deux genres augmentent.

Pourtant, plus mon mari et moi apprenons, plus nous réalisons que tout le mondeest fondamentalement innocent. Nous, nos ex, vous, vos ex, et tous nos parentsn'ont fait que ce que nos gènes nous ont programmés pour faire, c'est à dire selasser, se fatiguer, s'irriter, être déçus l'un de l'autre, (souvent) aller voir ailleurs, casser – et recommencer. Nous n'avions aucune idée que l'orgasme n'est passeulement un plaisir ou une libération, mais que la satiété tend à nous fairedévaluer ou aliéner nos partenaires. Éviter les rapports n'est pas une solution carla frustration sexuelle continue à augmenter sans résolution.

D'un autre côté, courir après l'orgasme sans arrêt pour soulager la tension a sespropres risques cachés d’accoutumance et d'attitude compulsive. Une certainetension sexuelle est naturelle, elle est là pour nous encourager à connecter avecdes partenaires. Cependant, comme nous allons le voir, une frustration sexuellespécialement intense peut provenir d'un désir urgent de soulager nos sensationsd'agitation, d'irritabilité et d'apathie – des sensations que la satiété sexuelle peutelle-même donner. Résoudre ces dernières par plus de stimulation sexuelle peutnous lancer dans une spirale descendante. Nous pouvons y échapper grâce àl'équilibre trouvé en considérant l'acte d'amour en tant que création de liens, comme mentionné plus haut.

Q: Quelle est la différence entre un nouvel époux et un nouveau chien ?

R: Après un an, le nouveau chien est toujours excité de vous voir.

En attendant, on peut comprendre l'indignation des fondamentalistes religieux etdes féministes mécontentes face au chaos actuel. En effet, trop de genscherchent à se soulager d'une libido exacerbée par les relations sexuelles nonsuivies et la pornographie. Cependant, ces critiques auto-justifiés pourraient bien s'apercevoir que maîtriser un acte d'amour visant à créer des liens affectifsdiminue également leur dur jugement d'autrui. En tout état de cause, donnerhonte à ceux qui sont pris dans le cycle de la passion, homme ou femme, a l'effet non désiré de rendre la recherche de gratification sexuelle encore plusirrésistible. Si nous voulons explorer le pouvoir de karezza sur l'accroissement

de la stabilité et de l'harmonie dans nos relations intimes, nous devons regardernos habitudes actuelles avec compassion et créativité, sans reproche. Ceshabitudes sont le résultat d'une expérimentation logique : la poursuitedéterminée de l'orgasme, dans la croyance que cela améliorera notre santépsychologique et notre bien-être. Notre tâche est maintenant d'estimer lesrésultats aussi honnêtement que possible, puis de choisir consciemment notre direction.

La bonne nouvelle, c'est que le fait de dépasser nos impulsions, pour aller versl'équilibre conscient au sein de nos vies sexuelles, a tendance à nous fournir unesensation de plénitude intérieure. Par exemple, mon mari et moi nous sentonsmaintenant moins vulnérables aux manipulations quelles qu'elles soient, despublicitaires, politiciens ou autres. Vous aussi pourriez bien trouver que sans lesentiment de manque, d'inconfort et d'attente qui arrive après avoir épuisé ledésir sexuel, vous n'êtes simplement plus aussi vulnérables aux tentationscomme la malbouffe, les achats compulsifs ou les manipulations basées sur la peur.

 

POURQUOI MOI ?

 

Pour explorer karezza, j'ai dû mettre de côté la sagesse populaire des sixdernières décades. Celle-ci dit que l'orgasme est uniquement une source deplaisir et de soulagement bénéfique, qui, s'il ne se présente pas spontanément, devrait être recherché par tous les moyens à notre disposition, tant naturelsqu'artificiels. Mon exploration a contredit cette façon de penser, et a lentementamené un changement de paradigme. Je ne pense plus à l'orgasme comme a un événement génital qui s'arrête assez vite après le paroxysme. Au lieu de ça, jesuis intriguée par les réalités neurochimiques persistantes, et ce qu'ellessignifient en termes des perceptions que nous avons les uns des autres, la qualitéde nos relations, et notre évolution (tant physique que spirituelle).

Or plusieurs disciplines ont dévoilé des parties vitales de cet autre paradigme.

Les biologistes de l'évolution ont observé que l'objectif premier de nos gènes n'est pas nécessairement l'harmonie entre partenaires, mais plutôt leur propresuccès. Les neuroscientifiques ont découvert qu'une stimulation sexuellepuissante affecte le cerveau d'une manière similaire à une drogue addictive. Lespsychiatres et psychologues ont observé que les modifications de nos sentiments subconscients envers les individus changent radicalement la perception que nousavons d'eux. Et des textes peu connus de diverses traditions spirituelles ontrévélé une union intime entre hommes et femmes, qui les ramène à l'harmonie entre eux, et avec leur voisins.

Hélas, l'échange limité d'informations entre les disciplines empêche quelquefoisune perception qui intégrerait diverses perspectives. Les biologistes n'ont pasl'habitude de raffiner leurs conclusions en se basant sur des parallèles intriguanttrouvés dans des textes anciens ; les neuroscientifiques n'ont pas étudié les effetsdes fluctuations neurochimiques sur la façon dont les amants perçoivent leurpartenaires intimes pendant leur retour à l'homéostasie après l'orgasme ; et lespsychologues et psychiatres rechignent à envisager les mérites des rapports sansorgasme parce que Freud, Kinsey, et d'autres les considèrent comme étant undésordre sexuel (paraphilie).

Il en résulte qu'ils ont regroupé en un seul les deux concepts de « favorable à lasexualité » et « favorable à l'orgasme ».

Et enfin, les théologistes qui ont connaissance des textes que j'ai étudiés sont souvent enclins à ignorer les possibilités bienfaisantes de la sexualité en dehorsde la reproduction, présumant que leur Créateur n'a d'intérêt que pour lamultiplication sans retenue de l'humanité.

N'étant contrainte par aucune de ces disciplines, j'ai rassemblé des indices venant de chacune d'elles. J'ai découvert qu'il y avait une excellente raison pourlaquelle les humains auraient tout intérêt à maîtriser une autre approche des rapports sexuels, quand l'objectif n'est pas la conception.

Vous vous demandez peut-être ce qui a motivé mon intérêt pour l'exploration de l'amour sans orgasme. Après tout, notre programmation pour l'accouplement estinconsciente, et se trouve en nous depuis avant même que nous soyons humains.

Nous ne sommes pas supposés la remarquer. En fait, aucun de nous ne peut vraiment voir quel challenge nous attend jusqu'à ce que nous décrochions decette programmation, en expérimentant une autre façon de soulager la tensionsexuelle durant une période étendue, et revenions ensuite à notre sexualité motivée par la fertilisation, pour ressentir la différence.

Pour le meilleur ou pour le pire, j'ai eu tout le loisir de faire cette expérience. J'ai été très attirée par l'idée de faire l'amour selon le Taoïsme lorsque j'ai lu mon premier livre sur le sujet, mais très confuse quant aux instructions pour le faire.

J'étais sure que la passion devait apparaître quelque part. Résultat, ma vie amoureuse ressemblait au film Groundhog Day, où le personnage principalsemble condamné à revivre éternellement les mêmes événements.

En fait, j'étais doucement en train d'apprendre les bases de notre programmed'accouplement subconscient. Et si elles ne concordaient pas parfaitement avecce que je comprenais du modèle taoïste que j'essayais de suivre, elles s'alignaientremarquablement avec la science que mon mari a exhumé des années après quenous nous soyons rencontré et ayons commencé à essayer karezza.

Pour partager ce que j'ai appris, je commencerai par mon premier enseignant : ma propre expérience. Elle a un peu zigzagué lorsque je commençai à explorercertaines idées anciennes qui promettaient une plus grande profondeur et uneplus grande harmonie dans notre relation. Peu à peu, j'ai réalisé que je n'étais pasla seule qui souffrais de relations fragiles ; la séparation se faufilait dans laplupart des relations intimes durables.

D'autres idées inattendues suivirent, et les deux chapitres suivants relatentcertains des moments clés de la compréhension, ainsi que les blessures subies aucours de mes premiers efforts.

Je revois cette période comme la phase « yin », ou réceptive, de mon aventure, parce que j'ai fait de mon mieux pour rester ouverte aux idées arrivant dans mavie même lorsqu'elles n'étaient pas scientifiques et ne concordaient pas avec mafaçon d'alors de voir le monde. Après l'arrivée de Will, l'information objectivequ'il apportait complémentait les observations subjectives antérieures de manièreassez inattendue. Je repense à cette période comme la phase « yang », parce quela contribution de Will (basée sur la connaissance actuelle de beaucoup dechercheurs perspicaces) a permis une compréhension beaucoup plus complète etétayée de ce que j'avais ressenti et observé.

Son matériel, qui donne forme aux Chapitres Quatre (Au coeur du Virus de laSéparation), Cinq (le Cycle de la Passion), Six (la Route vers l'Excès) et Huit (laScience qui Unit), révèle les rouages de nos programmes subconscientsd'accouplement et de création de liens affectifs en termes scientifiques.

Même si vous pensez ne pas aimer la science, vous pourriez bien trouver cematériel étonnamment passionnant. Nous allons voir comment nos gènesdominateurs nous manipulent pour remplir leur cahier des charges aux dépens denos unions. Nous allons regarder de plus près le cycle de l'orgasme, et voir enquoi les découvertes actuelles peuvent nous éclairer sur sa façon de parfoisdevenir une pente glissante vers les attitudes compulsives. Nous allonségalement examiner les possibles raisons derrière la capacité de karezza decontribuer à la guérison, à l'équilibre et à des liens émotionnels plus forts.

Dans le Chapitre Sept (Apprendre à Piloter), nous parlerons de la façon dontnous pouvons renverser l'équilibre entre nos systèmes d'accouplement et de liensaffectifs. Le Chapitre Neuf (Combler l’Écart) explique comment nous ensommes arrivés à utiliser l'orgasme comme « bonne médecine » et pourquoicette stratégie ne fonctionne pas toujours avec des mammifères créant des liensde couple comme nous. Des stratégies pour présenter la pratique de karezza auxautres y sont également suggérées. Le Chapitre Dix (Le Chemin de l'Harmonie) récapitule la pratique de karezza elle-même.

Sachez que les chapitres contenant des suggestions pratiques sont peut-être lesmoins importants de ce livre. Une fois que vous comprenez les origines et lesmécaniques des challenges auxquels l'humanité a affaire, vous aussi vous pourrez trouver votre propre chemin vers l'option de la karezza généreuse etaffectueuse. Jusqu'à ce que vous ayez complètement intégré cette information, toutes les suggestions pratiques pour échapper à votre programmed'accouplement subconscient vont probablement vous sembler de plaisantsexercices, mais un peu vides. En fait, vous pourriez vous retrouver dans uncercle vicieux d'éternels recommencements type Groundhog Day.

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SAGESSE ANCESTRALE

 

TAOISME

 

Dans ces sections Sagesse entre les chapitres, nous étudierons plusieurs textes ettraditions qui traitent de l'acte d'amour en vue d'approfondir l'union entre partenaires plutôt que pour la fertilisation.

Les extraits sont intéressants avant tout parce qu'ils existent, et non parce qu'ilsreflètent une doctrine dominante. Qui aurait pensé qu'il y avait autant deconnaissances traditionnelles sur le potentiel caché des relations intimes ?

Un de mes passages favoris sur l'amour basé sur la création de liens émotionnels se trouve dans le Hua Hu Ching, un recueil peu connu d'enseignements attribués (comme l'est beaucoup la sagesse taoïste) au maître Lao Tseu. Dans la traductionanglaise de Walker,21 qui inclut du matériel transmit oralement, Lao Tseuprévient :

« Bien que la plupart des gens passent le plus clair de leur vie à suivre leurimpulsion biologique, c'est seulement une petite partie de notre être. Si nouscontinuons à être obsédés par les graines et les oeufs, nous sommes mariés à lavallée fertile de la Mère Mystérieuse mais pas à son coeur incommensurable et àson esprit omniscient. »22

Et :

« Si vous désirez vous unir à son coeur et son esprit, vous devez intégrer yin etyang en vous, et raffiner leur feu vers le haut. Alors, vous avez le pouvoir defusionner avec l'être entier de la Mère Mystérieuse.

C'est ce qui est connu sous le nom d'évolution réelle. »23

Il explique ensuite :

 

« La première intégration de yin et de yang est l'union de la graine et de l’oeuf au sein de l'utérus. La seconde intégration de yin et de yang est l'union sexuelle du mâle et de la femelle matures. Les deux concernent la chair et le sang, et tout cequi est conçu dans ce domaine doit un jour se désintégrer et disparaître. »24

Jusque là nous sommes en terrain connu, mais ensuite Lao Tseu suggère qu'il y aune expérience entièrement différente qui s'ouvre à nous dans l'union.

« C'est seulement la troisième intégration qui donne naissance à quelque chosed'immortel... La nouvelle vie créée par la troisième intégration est consciented'elle-même, et pourtant sans ego, capable d'habiter un corps mais pas attachée àlui, et guidée par la sagesse plutôt que par l'émotion. Entière et vertueuse, elle ne peut jamais mourir. »25

Lao Tseu avertit que cette union mystique de yin et de yang peut être accompliepar un rapport sexuel.

« Parce que des unions de plus en plus élevées sont nécessaires pour laconception de la vie supérieure, des étudiants peuvent être instruits à l'art de la culture duelle, dans laquelle yin et yang sont intégrés directement dans le tai chi(pratique disciplinée) des rapports sexuels...

Si une authentique vertu et une réelle maîtrise sont réunies...la pratique peutproduire un équilibre profond des énergies subtiles et plus grossières (sinon celapeut avoir un effet destructif). »26

En effet :

« Le résultat en est une santé améliorée, des émotions harmonisées, la cessation des envies maladives et des impulsions, et, au plus haut niveau, l'intégration transcendante du corps énergétique dans sa totalité. »27

Mon mari et moi avons déjà ressenti certains des avantages mentionnés, du faitd'avoir fait l'amour fréquemment et affectueusement, sans courir après lastimulation excessive de la satiété sexuelle. Nous avons remarqué desaméliorations de notre santé et notre équilibre émotionnel, une plus grandeharmonie et moins d'envies impulsives.

Voici deux autres sections du Hua Hu Ching, proposant des indicessupplémentaires.

Section 69

« L'approche qu'une personne a de la sexualité est un signe de son niveaud'évolution. Les personnes non évoluées ont des rapports sexuels ordinaires. Ilsplacent toute l'emphase sur les organes sexuels, et négligent les autres organes etsystèmes du corps. Toute l'énergie physique accumulée est sommairementdéchargée, et les énergies subtiles sont dissipées et désordonnées de manièresimilaire. C'est un grand pas en arrière.*

Pour ceux qui aspirent à une vie dans des royaumes plus élevés, il y a la cultureduelle angélique (tai chi des rapports sexuels). Parce que chaque portion ducorps, du mental et de l'esprit aspire à l'intégration de yin et yang, les rapports sexuels sont conduits par l'esprit plutôt que par les organes sexuels.

Alors que les rapports ordinaires demandent un effort, la culture duelle estcalme, détendue, tranquille et naturelle. Alors que les rapports ordinairesunissent organes sexuels avec organes sexuels, la culture duelle angélique unitl'esprit avec l'esprit, le mental avec le mental, et chaque cellule d'un corps avecchaque cellule de l'autre corps.

Culminant non en dissolution mais en intégration (« non en séparation mais enfusion »?), c'est une opportunité pour un homme et une femme de se transformermutuellement, et de s'élever l'un l'autre vers le royaume de la béatitude et de l'intégralité. »

Section 70

« Les cordons de la passion et du désir tissent un filet autour de vous...Le piègede la dualité est tenace. Lié, rigide et piégé, vous ne pouvez pas ressentir lalibération.

Avec la culture duelle, il est possible de démêler le filet, d'adoucir la rigidité, dedémonter le piège. En dissolvant votre énergie yin dans la source de vieuniverselle, en attirant l'énergie yang depuis cette même source, vous laissezderrière vous votre individualité, et votre vie devient pure nature. Libéré del'ego, vivant naturellement, travaillant vertueusement, vous vous remplissezd'une vitalité inépuisable et êtes libérés pour toujours du cycle de la mort et de larenaissance.

Comprenez au moins ceci : la liberté spirituelle et l'unité avec le Tao ne sont pasdes cadeaux donnés au hasard, mais les récompenses d'une transformation etd'une évolution personnelles conscientes. »

Les autres manuels de sexualité taoïstes anciens, tels que Secrets of the Jade Chamber (Secrets de la Chambre de Jade) et The Dangers and Benefits ofIntercourse with Women (Les Dangers et Avantages des Rapports Sexuels avecles Femmes) évoquent également le phénomène de l'homme et de la femme parvenant à l'immortalité ensemble grâce à la conservation de l'énergie sexuelle.

Dangers et Avantages dit qu'on y parvient avec une combinaison de pénétrationprofonde, d'excitation faible et de visualisations de l'énergie circulant dans le corps.28 True Transmission of the Golden Elixir (Veritable Transmission de l'Elixir Doré) décrit une parthénogenèse spirituelle, « formant le foetus sacré », dépendante de la conservation de notre énergie de force vitale. Exposition ofCultivating the True Essence (Présentation sur la Culture de la VéritableEssence) explique que l'alchimie sexuelle n'est possible que quand l'énergie sexuelle mâle instable 1)est excitée sans « exploser », 2)accueille l'énergie yin plus stable, et 3)fusionne avec elle.29

*Lao Tseu ne savait sans doute rien de la neuroscience mais, comme nous allons le voir, « des énergies subtiles dissipées et désordonnées » est une descriptionétonnamment juste des événements dans le cerveau après l'orgasme.

Ce noble objectif d'union spirituelle entre partenaires égaux s'éroda dans les écrits taoïstes plus tardifs – devenant d'abord des complots pour « voler » l'énergie sexuelle du sexe opposé, puis plus récemment des techniques pour queles hommes et les femmes produisent des orgasmes multiples pour eux-mêmeset chez l'autre. En gros, même les Taoïstes n'ont pas toujours été capables derésister aux secousses du programme subconscient d'accouplement de l'humanité – peut-être parce qu'ils ont perdu de vue le cadeau du lien émotionnel profond entre partenaires. Quoi qu'il en soit, je suis très reconnaissante aux Chinoisd'avoir conservé des comptes-rendus de rapports contrôlés parmi les plusanciens qui existent. Ils ont confirmé ma propre expérience de façon étonnante.

L'érudit Douglas Wile, qui a traduit et analysé de nombreux textes chinoisanciens sur la sexualité, a observé que « pour les chrétiens, la sexualité vise laprocréation ; pour les Chinois, l'orgasme est pour la procréation mais la sexualitéest pour le plaisir, la thérapie et le salut de l'âme ». Comme on le verra dans la section Sagesse suivante, les premiers chrétiens ont peut-être aussi enseigné quela sexualité était pour le salut de l'âme.

Les légendes chinoises parlent d'un âge d'or où tous les hommes vivaient enharmonie avec la nature et transmutaient leurs graines aussi naturellement quevous et moi respirons. —Mantak Chia, Enseignant Taoïste